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Echange avec un passionné d'appelants et d'art populaire : Horst Fuhrmann.

    En cette période troublée de pandémie, on peut quand même se réjouir de faire d'heureuses rencontres grâce à internet. Celle avec Horst Fuhrmann a commencé par un lien déniché dans mes requêtes Google alors que je cherchais à me procurer son livre "Europaïsche Lockenten". Ne parlant pas un traître mot de germanique, je m'en remis une fois de plus à Google, et à son traducteur. Horst Fuhrmann lors de nos premiers échanges me félicite pour mon allemand écrit et pense que je dois le maîtriser également à l'oral. Ne méritant pas ces éloges, je lui avoue l'usage du traducteur. Il m'écrit depuis dans un français parfait.

    Horst Fuhrmann nous fait l'honneur d'inaugurer une nou-velle formule du site Oldecoy, qui se consacrera dorénavant à des rencontres avec des passionnés d'anthropologie, d'orni-thologie, de photographie,  de sculpture, et de tout ce qui tourne autour des appelants et des oiseaux. Je le remercie vivement de s'être prêté à cette interview inaugurale.

     L'espace vente lui est donc totalement réservé puisqu' une partie de sa collection y est présentée, principalement des appelants français, mais aussi quelques pièces surprenantes comme ces appelants de canards péposacas du Brésil.

  1. Premier appelant d'une collection qui en comptera plus de 400


Vincent Proust : Vous souvenez-vous de votre premier appelant ? 


Horst Fuhrmann :  C’est risqué de faire parler un collectionneur, car c’est une longue histoire… Le premier appelant remonte à mai 1980. Il est devenu la référence “LE-001-2-r” ​de notre collection.

VP : Les appelants sont indissociables de la chasse. Êtes-vous chasseur ou l'avez-vous été ?

HF : “Malheureusement” les appelants sont liés à la chasse, mais ce qui nous a motivé dès le début ma femme et moi, c’était la passion pour cet art populaire, pour la sculpture de la tête et du corps « tout en rondeur » d’un canard quand il est au repos. D’une certaine manière, en les collectionnant nous privions les chasseurs d’appelants pour qu'ils ne puissent plus tuer de canards. Un double plaisir : collectionner des canards en bois tout en sauvant de vrais canards ! 

VP : A partir de quand êtes-vous passé du stade de simple curieux à celui de chercheur de cet art populaire ?

HF :  Après deux séjours aux USA, en octobre 1980 et février 1981, où nous avions acheté une vingtaine de pièces, et suite à une visite en Bretagne en avril 1981, j'ai entrepris une sérieuse recherche sur les appelants français et rapidement sur les appelants européens. Je connaissais la littérature américaine à ce sujet et je me disais qu’il fallait que j'écrive quelque chose de semblable pour l‘Europe. C’était parti… 

    Dans un livre américain de Gene et Linda Kangas paru en 2012, le début de notre manie de collectionner est raconté pages 108+109. 

VP : Comment est né le projet de l’exposition de 1987 au musée de la Chasse et de la Pêche de Munich ? Le livre a-t’il été le déclancheur de l’exposition et/ou le catalogue de celle-ci ? 

HF :  Le livre était pratiquement complet quand j'ai pris contact avec le musée. Quand on s'est mis d'accord sur son contenu final, je n'avais plus grand chose à faire. Au vernissage de l'exposition, le livre eut du succès auprès du public et fit office de catalogue de l'exposition. Toute les rédactions des revues liées à la chasse étaient au rendez-vous ce jour là et il y eut des articles sur l'exposition et sur le livre.

VP : Votre collection se compose de plus de 400 pièces, combien d’années y avez-vous consacrées ? Est-ce difficile de se séparer de certaines pièces et comment les choisissez-vous ?

HF :  Pour être précis, il y avait plus de 400 pièces dans ma collection. Au cours des 30 dernières années j'ai vendu, offert (à ma fille surtout), échangé avec d’autres collectionneurs un grand nombre d’appelants. Actuellement il m'en reste environ 150. J’ai donc consacré plus de vingt ans à cette collection.    Oui, c’est toujours difficile de se séparer d’appelants. Souvent je compare cela à « vendre des enfants ».... Je connais l'histoire de chacun d'eux, comment je les ai acquis, les discussions avec le chasseur ou le sculpteur qui me les a vendus, les après-midi ou les soirs de conversation avec eux, l'ambiance dans leur cuisine, leur séjour, ou leur atelier, la joie d'avoir trouvé une pièce rare. Lorsque je prends dans mes mains un de mes appelants, un ensemble de souvenirs et de sentiments me revient… alors se séparer d'eux !!!

    J’ai constitué une collection “scientifique” qui m’a permis d’établir les différentes façons de sculpter les appelants, et les différents styles résultants des conditions de chasse locales. Beaucoup de pièces ont une grande importance en ce sens, ce qui échappera à un néophyte. Ce sont les pièces dont je me sépare en premier. Parce qu'à un certain âge le but d'un collectionneur est de transmettre sa collection, non pas en totalité en ce qui me concerne, mais au contraire pièce par pièce.​​​​​​




Appelant de canard péposaca Brésil



VP : Vous mettez en vente de magnifiques appelants de canards Péposacas du Brésil. Pouvez-vous nous raconter leur histoire ?

HF :  En plus de mes recherches sur l'Europe, je me suis intéressé aussi à d’autres zones de chasse à la sauvagine dans le monde, en particulier en Asie et en Amérique latine. J’ai été mis en relation avec un chasseur de gibier d’eau, allemand d'origine, vivant à Canoas dans l'état du Rio Grande do Sul. A ma demande il s’est mis en quête d’appelants. Il a contacté un chasseur autochtone pour savoir si il existait à sa connaissance des appelants dans sa région. Après plusieurs échanges de courriers j’ai pu acheter tous ses appelants ainsi que d'autres objets intéressants concernant la chasse au gibier d'eau de sa région.

    Un autre informateur, vivant à Aquidauana au centre du Brésil, rapporte qu’à la pointe sud du Brésil, et plus particulièrement dans la province autour de Porto Alegre, il y eut de nombreux colons allemands et italiens. Arrivés au XIXe siècle, ils y ont importé leur technique de chasse aux canards à l’aide d’appelants. Les chasseurs locaux ne pratiquaient pas ce mode de chasse et n'utilisaient donc pas de leurres, le gibier étant très abondant à l’époque. C’est sans doute la raison pour laquelle les appelants n’existent pas au Brésil. L’idée même d’utiliser des leurres amuse les autochtones qui préférent la viande de bœuf à celle de canard. Seuls les européens mangent du canard ou du lapin.

    Dans le cours inférieur du Rio Paraná, fleuve qui traverse le sud du Brésil, l'Uruguay et l'Argentine à l'est des Andes, s’étend une zone de chasse d’à peu près la taille de l'Europe centrale, où abonde le canard péposaka. Ce canard plongeur est le plus grand des canards et sa chaire est goûteuse. C'est la raison pour laquelle il est, ou a été, chassé et qu’il en existe des leurres. Ce sont des appelants sculptés et peints de façon rudimentaire. Il n’est nullement pris en compte dans leur représentation des variantes de leur plumage, comme le chatoiement de violet sur la tête ou les flancs gris ardoise. Le canard est plutôt peint uniformément en noir ou brun noir, le bec et la caroncule frontale en rouge vif et les yeux en blanc comme le marquage des ailes et de la queue.

    Même avec cette apparence sommaire de leur sculpture et de leur peinture, ces appelants sont recherchés par les collectionneurs, d'autant plus que ceux de Canoas sont les seuls appelants connus du Brésil, voire d’Amérique du sud.

VP : Dans nos échanges, vous m’avez dit avoir transmis cette passion à votre fille.

De quelle manière ?

HF :  Notre fille est née un peu avant le sommet de mes recherches et de l’exposition de Munich. Petite, elle était de toutes nos excursions en France, Bretagne ou Normandie et participait à notre quête. Nous l'avons intéressée très tôt aux canards vivants. Pendant les trajets en voiture, elle pouvait garder une blette sur ses genoux tout le voyage. Elle vit aujourd’hui aux Etats-Unis avec une partie de notre collection et une collection d’appelants américains.

VP : Quand on est collectionneur, le reste-t-on ?

HF :  Après une visite en décembre 2004 chez un antiquaire de Remoulins, près d’Avignon, je me suis rendu à l’évidence que je ne pouvais plus trouver de nouveaux appelants ni découvrir de région inconnue… Ainsi, j’ai arrêté mes recherches et donc ma collection. Je me consacre aujourd'hui à ma deuxième passion : les vitraux. Un autre genre de l'art populaire. 

VP : Si vous ne deviez garder qu’un appelant, lequel serait-il ?

HF :  Oh ! Question piège... Aujourd’hui, un pilet d'Albert Delory.



Appelant de canard pilet d'Albert Delory

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